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Déportation en Belgique

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6. Témoignage : Simon Gronowski

Projet de textes pour un album destiné aux jeunes (enfants à partir de 9-10 ans, adolescents de 17-20 ans) et même aux adultes.

Dans cet album, il y aura des dessins, des photos d'époque et des documents. L'ensemble est une histoire vécue, rigoureusement véridique. Ceci est un résumé des éléments essentiels.

« L'enfant du XXe convoi » (Ed. Luc Pire, 2002)

« Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Simon. Il vivait heureux avec ses parents et sa grande sœur Ita à Bruxelles, dans un beau pays, la Belgique. Il faisait parfois des bêtises mais il était très gentil. Les gens l'aimaient bien et c'était réciproque. Il allait à l'école, aux scouts, au cinéma. Il aimait Laurel et Hardy, Robin des Bois, Blanche-neige, Tarzan, Fernandel. Il lisait beaucoup. Sa sœur étudiait le latin et le grec, jouait du piano, écrivait des poèmes, dessinait, aimait le jazz et apprenait tout ce qu'elle pouvait à son petit frère qu'elle adorait. Le dimanche ils allaient avec les parents au Bois de la Cambre et l'été en vacances à la mer. C'était un enfant ordinaire d'une famille ordinaire qui va se trouver aux prises avec une méchanceté extraordinaire, pour une seule raison: il était juif, mais lui, insouciant, ne réalisait pas bien ce que ce mot voulait dire.

Il portait un nom bizarre, Gronowski, car son père était né en 1898 en Pologne, dans un de ces villages qu'on appelait « shtetl » (petite ville), où on parlait le yiddish, mélange d'allemand, de slave et d'hébreu. C'était dans la région de Pologne qui appartenait à l'époque à la Russie, raison pour laquelle le père de Simon fit la guerre de 1914 dans l'armée du tsar. En 1918, à la fin de la guerre, la Pologne fut réunie par le traité de Versailles et proclamée république indépendante. Le père de Simon entra dans la nouvelle armée polonaise. Mais l'antisémitisme et la misère régnaient dans ce pays. En 1920 il s'enfuit et se réfugia en Belgique. Au début il n'eut pas la vie facile en Belgique. Il eut faim et froid. Il dût même travailler dans la mine en Wallonie. Mais il appela à lui la jeune fille qu'il avait rencontrée en Lituanie durant la guerre, l'épousa, eut deux enfants, Ita et Simon, ouvrit un magasin de sacoches à Bruxelles et sa situation s'améliora.

Pendant ce temps Hitler arriva au pouvoir en Allemagne. C'était un fasciste, un nazi, un criminel. Lui seul décidait qui pouvait être libre, qui devait aller en prison, qui pouvait vivre, qui devait mourir. Il attaquait tous ceux qui le désapprouvaient ou simplement lui déplaisaient, artistes, poètes, penseurs, démocrates, handicapés et tant d'autres et il voulait tuer tous les Juifs. En 1938-1939, il s'empara des pays voisins, l'Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne, le Danemark, la Norvège et d'autres pays et le 10 mai 1940 ce fut au tour de la France, de la Hollande et de la Belgique. Rapidement il y eut des mesures contre les Juifs. Le père de Simon dût aller inscrire la famille dans un registre spécial. A la vitrine du magasin, on mit une pancarte « Entreprise juive ». On confisqua sa radio, sa machine à écrire, sa marchandise, on lui imposa de lourdes amendes. Il était interdit de sortir après 8 heures du soir, il fallait porter l'étoile jaune et il y eu tant d'autres mesures. Fin 1941, Ita dût quitter son lycée. Simon pût terminer en juin 1942 sa 5ème primaire.

Les nazis annoncèrent alors que les Juifs devaient partir travailler dans des camps de travail. C'était un piège car au bout du voyage ils tuaient les gens par milliers, hommes, femmes, enfants, dans des chambre à gaz et brûlaient ensuite leurs cadavres dans des fours crématoires. Ils s'attaquaient lâchement et traîtreusement à une population sans défense. En juillet 1942, l'heure de la déportation sonna. Les nazis firent des rafles dans les rues ou cernaient des quartiers et sortaient les gens de leur maison en pleine nuit. Ils les jetaient dans des camions et les amenaient à Malines, à la caserne Dossin. De là ils les mettaient dans des trains à destination du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.

Simon et sa famille allèrent se cacher dans un petit appartement près de Bruxelles chez des amis scouts. Le 17 mars 1943 à 9 h du matin, Simon déjeunait avec sa maman et sa sœur. On sonna. Deux messieurs allemands en civil entrèrent dans l'appartement et les arrêtèrent. Ils avaient été dénoncés, ils n'ont jamais su par qui. Le papa de Simon y échappa, étant à ce moment à l'hôpital. Les deux nazis les emmenèrent en voiture au siège de la Gestapo avenue Louise où on les enferma tous les trois dans une cave. Le lendemain soir, on les amena avec 30 ou 40 autres prisonniers dans un camion bâché à la Caserne Dossin à Malines. Simon y découvrit le SS Frank, commandant de la caserne, et son adjoint, le SS Boden, la cravache à la main, le revolver à la ceinture et leurs chiens furieux. Il reçut autour du cou un carton avec une ficelle portant l'inscription XX 1234, c-à-d le n° de transport 1234 du 20ème convoi. Sa mère avait le n° XX 1233. Sa sœur, qui avait déjà opté pour la nationalité belge, avait un statut spécial. Elle reçut le n° B 274 et ne sera pas déportée avec le 20ème convoi. Il fut envoyé ensuite dans une salle où il y avait 100 personnes avec des couchettes de paillasse superposées sur trois étages de bois.

Il resta enfermé un mois dans cette caserne. Il n'y était pas malheureux car il était avec sa mère et sa sœur et qu'il y avait beaucoup d'enfants. Mais il songeait à s'évader lors du voyage et s'entraînait avec de petits camarades à sauter de la couchette supérieure. Le dimanche 18 avril on vint leur annoncer dans la salle que le départ était pour le lendemain. Simon reçut de sa mère un billet de 100 francs qu'il cacha dans sa chaussette. Elle lui remettait ce billet à tout hasard, au cas où… Le lendemain, lundi 19 avril 1943, il dit au revoir à sa sœur mais il ne savait pas que c'était pour toujours. Au revoir mon Bruxelles, ma Belgique, adieu mon papa, ma sœur chérie, mes amis. Il se mit dans la file avec sa maman. Il quittait cette sinistre caserne pour se retrouver entre deux haies de soldats l'arme au poing, vers le train qui longeait la caserne et il monta avec 50 personnes dans un wagon à bestiaux. La lourde porte coulissante grinça, claqua et se referma. Le verrou fit un grand bruit métallique. Dans ce convoi, il y avait 1.600 personnes dont 262 enfants. Simon avait alors 11 ans et demi. Il partait pour une destination inconnue. Il ne comprenait rien à ce qui se passait. Il était encore dans son univers de louveteaux. Il ne savait pas qu'il était condamné à mort et conduit sur les lieux de son exécution.

Le train commence à rouler dans la soirée. L'obscurité dans le wagon est alors complète. Peu après le train s'arrête et Simon, du fond de son wagon, entend des hurlements en allemand et des coups de feu. Il ignore à ce moment que cela se passe à Boortmeerbeek, que trois jeunes résistants ont arrêté le train, ouvert un wagon et libéré 17 personnes, fait unique de toute la déportation européenne. Ces héros s'appellent Youra Livchitz, Jean Franklemon et Robert Maistriau. Le train repart et Simon s'endort dans les bras de sa mère avec l'impression que des hommes de son wagon, encouragés par cette attaque, essayent d'ouvrir la porte de l'intérieur, sans doute avec un outil dissimulé provenant d'un des ateliers de Malines. Soudain Simon est réveillé par sa mère. Il sent une bouffée d'air frais, le froid de la nuit, il entend le fracas des roues sur les rails. Le train roule et la porte est grande ouverte. Plusieurs personnes sautent. Sa mère prend Simon par la main et le conduit vers la sortie. Elle le fait descendre sur le marchepied, le tient solidement, attendant le moment propice. Au début Simon n'ose pas sauter, le train va trop vite. Tout à-coup le train ralentit et il saute. Il atterrit souplement sur le ballast et reste debout immobile à côté du train attendant sa mère. Mais le train s'arrête complètement et Simon entend les gardes qui viennent de l'avant du train dans sa direction, criant, tirant des coups de feu. Ils avaient remarqué quelque chose. Sa mère ne peut plus sauter au risque de se trouver face aux gardes. Simon songe à courir vers l'avant, à retourner dans son wagon pour rejoindre sa mère et ne pas être pris en faute. Mais pour cela il aurait dû aller à la rencontre des gardes. Tout d'un coup, comme par une illumination soudaine, dans une sorte de mouvement inconscient, il s'élance vers la gauche et se met à courir dans les bois. Il court toute la nuit, il franchit des talus, traverse des champs, patauge dans la boue. A l'aube, il arrive dans un village. Il est sale, ses vêtements sont pleins de boue, déchirés. Il sonne à une porte. Une dame vient lui ouvrir. Simon a onze ans mais il n'est pas bête, il ne va pas dire qu'il s'est évadé d'un train de déportés. – « Madame, j'ai joué près d'ici avec des enfants, je me suis perdu, je dois aller à Bruxelles chez mon père ».

Cette Dame se trouvant devant ce petit phénomène le conduit chez le garde-champêtre à qui elle explique : « c'est un enfant perdu ». Le garde-champêtre le conduit à la gendarmerie, chez un gendarme habitant au premier étage de cette maison. A ce gendarme en uniforme, Simon raconte la même fable. Le gendarme le confie à sa femme et part aux renseignements à la gare. Là il apprend l'histoire du train et qu'il y a trois morts, des personnes du wagon de Simon, dont une femme, abattus par les gardes. Il revient et dit à Simon : « Je sais tout, tu es juif, tu t'es sauvé du train, tu ne dois pas avoir peur, tu es en bonnes mains, nous sommes de bons Belges, je ne te dénoncerai pas ».

Simon avoue, tombe dans ses bras et pleure en lui parlant de sa mère. Il doit rejoindre son père à Bruxelles et pour payer le ticket de train il sort le billet de 100 F qu'il avait caché dans sa chaussette. La femme du gendarme le lave, le soigne, lui donne à manger, lui répare ses vêtements. Pendant toute cette scène, Simon n'avait pas remarqué la présence des enfants du gendarme. C'était encore le petit matin, ils n'étaient pas encore partis à l'école. Ces enfants bien rangés d'une famille de gendarme regardaient avec étonnement le petit sauvageon venu d'ailleurs, l'air terrorisé, hagard, sale, les vêtements plein de boue, déchirés, n'arrêtant pas de pleurer. Ce souvenir est gravé dans leur mémoire. Le petit Jeannot, 8 ans et demi, n'oubliera pas qu'il dût lui céder son nouveau costume. Ses parents voulaient que Simon soit présentable pour qu'il ne se fasse pas remarquer en cas de contrôle dans le train de retour à Bruxelles. Pierrette, 4 ans et demi, se souvient que ce jour-là ils n'ont pas dû aller à l'école, les parents les gardant pour leur faire la leçon de se taire. Cela se passait dans le Limbourg. Simon a sauté dans un petit village, Berlingen. Le gendarme de la localité voisine, Borgloon, qui l'a reçu, protégé et sauvé, s'appelait Jean Aerts. Si les nazis avaient su qu'un gendarme belge avait aidé sciemment un enfant juif évadé, ils l'auraient fusillé. Il a sauvé le petit Simon en risquant sa vie. C'est un héros. Par sécurité M. Aerts choisit une gare plus éloignée et y fit conduire Simon à vélo par un ami sûr. Simon prend le train et arrive sans encombre à la gare de Schaerbeek-Bruxelles où il prend le tram et arrive chez ses amis scouts. Le même soir il était dans les bras de son père.

Simon est resté caché encore 17 mois, jusqu'à la libération de Bruxelles le 4.9.1944. Il a été accueilli par des familles qui l'ont caché, consolé, soigné et préservé comme leur propre enfant. Ce sont également des héros. Par sécurité son père était caché ailleurs, mais ils s'écrivaient. Cette fois, ayant vu les nazis de près, Simon s'est terré. Il ne sortait presque jamais, ce qui est dur pour un garçon de 11-12 ans. Il vivait dans la terreur d'être repris. Il échafaudait constamment des plans de fuite par les toits au cas où la Gestapo viendrait sonner. Par sécurité, il a changé plusieurs fois de cachettes. 9. Les nazis ont déporté de Malines de 1942 à 1944 en 28 convois 25.000 personnes dont 5093 enfants. Seulement 1322 personnes sont revenues mais aucun enfant. Simon a survécu à la guerre par miracle.

Il ne reverra jamais sa mère. Ita restera encore cinq mois dans la Caserne Dossin. Elle écrivait en cachette à son père et à son frère. Elle partira le 19 septembre 1943 avec le 22ème Convoi. Du train elle jeta à l'adresse d'une amie deux cartes postales qui seront ramassées et postées. Elle ne reviendra pas. Elle avait 19 ans. Le père de Simon est mort malade et désespéré en juillet 1945 et Simon est resté seul. Alors il a voulu oublier le passé et vivre pour le présent et l'avenir, pour la joie et l'amitié. Il a fait des études, il est devenu avocat, pianiste de jazz, il s'est marié et est devenu père et grand-père. Pendant plus de 50 ans, il n'a presque pas parlé du drame de son enfance. Il raconte maintenant cette histoire car c'est son devoir de témoigner. Il parle au nom des victimes de la barbarie, de toutes les victimes de toutes les barbaries, et pour rendre hommage aux héros qui l'ont sauvé, caché et préservé. Mais la première héroïne est sa mère : elle a mis son petit garçon sur le marchepied du wagon, marchepied de la liberté et de la vie et a continué son voyage jusqu'à la mort dans la chambre à gaz d'Auschwitz-Birkenau. Il parle surtout pour informer les jeunes, pour qu'ils gardent notre patrie, la Belgique, comme elle est, libre, démocratique, pacifique, digne, tolérante, pour qu'eux, leurs enfants et petits-enfants ne connaissent pas un jour la barbarie comme il l'a connue. 

Vive la paix et l'amitié entre les hommes ! »
2.1.2004, Simon Gronowski
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